Le Japon isolé de la période Edo : l’exemple de l’estampe et du théâtre

Après la défaite de Hideyoshi lors de la bataille de Sekigahara en 1600, le pouvoir est tenu d’une main de maître par le vainqueur : Tokugawa Ieyasu (1543-1616). C’est alors que commence la longue lignée des Tokugawa – qui règne presque trois siècles ! – enfermant le Japon sur lui-même…

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Kano Tanyuu, Portrait de Tokugawa Ieyasu, XVIIe siècle, Château d’Osaka, source : Wikimedia Commons

Dès 1640, tous les étrangers sont contraints de quitter le pays. Les échanges avec les Portugais ou les Hollandais s’arrêtent net pendant environ deux siècles, jusqu’à l’ouverture du Japon sous la pression des armées occidentales en 1853. Entre temps, Ieyasu centralise le pouvoir politique à Edo. Le titre de shogun revient alors au vrai détenteur du pouvoir, tandis que l’empereur n’est plus qu’un symbole religieux. Cependant, l’époque Edo ne fige pas complètement le pays, bien au contraire ! Cette autarcie  permet notamment aux arts de se développer à leur manière.

 

Edo et l’ukiyo-e : l’exemple de Hokusai

Cette nouvelle période historique est aussi synonyme d’émergence de nouveaux arts dépeignant la société japonaise de l’époque. Parmi ces derniers, l’un des plus représentatifs reste l’estampe japonaise, qui influence énormément les artistes européens comme Gauguin ou Van Gogh. En effet, dans l’Europe du XIXème siècle, le Japonisme résulte, entre autres, de la « folie du Japon » et des œuvres de l’ukiyo-e ! Parmi les artistes qui révolutionnent la peinture japonaise, Hokusai en est aujourd’hui l’un des plus célèbres. Et pour cause !  Aussi appelé « l’artiste aux cent vingts noms », il crée plusieurs séries comme celle des 36 vues du Mont Fuji, dont la plus célèbre estampe est… La Grande vague de Kanagawa !

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Hokusai, Le rêve de la femme du pêcheur, 1814, British Museum, source : Wikimedia Commons

Hokusai réalise bien d’autres œuvres qui méritent tout autant l’admiration…  Il est, entre autres, un très grand portraitiste et un paysagiste de génie. Mais il est aujourd’hui surtout acclamé pour ses Manga. Ce sont ces carnets à croquis qui ont donné naissance aux mangas que nous connaissons aujourd’hui… ou presque ! A ces bases lancées par Hokusai, il faut ajouter quelques influences américaines et un travail du dessin d’Ozamu Tezuka (1928-1989), et le tour est joué ! Fait plus insolite, c’est encore lui qui a amorcé une autre tendance artistique japonaise… Les hentai ! Hokusai et son shunga – dessin érotique japonais – Le rêve de la femme du pêcheur ont par exemple contribué au développement de l’érotisme et de la pornographie du Japon actuel.

 

Le début du théâtre : kabuki et joururi

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Poupée de bunraku prise à la Tonda ningyou kyouyuudan, 2006, source : Wikimedia commons, crédits photographiques : Shinobo

La période Edo ne se limite pas à Hokusai ou à l’estampe, loin de là ! Durant ces quelques deux cents ans, le théâtre traditionnel renaît. On y trouve par exemple le kabuki, l’un des genres théâtraux les plus connus du Japon, un cas un peu à part. En effet, en plus d’allier chant et danse, le kabuki a la particularité de n’être réservé qu’à des artistes masculins ! Mais cela n’a pas toujours été le cas. A l’origine, seules les femmes pratiquaient ce théâtre. Mais un jour, le shogun décrète que ces spectacles amènent à la débauche et remplace alors les actrices par de jeunes acteurs aux corps d’éphèbes. Cependant, la débauche ne diminuant pas,  le shogun décrète alors une nouvelle règle : les acteurs doivent avoir un visage non pas androgyne mais bien viril ! D’après cette genèse du kabuki, on comprend donc mieux pourquoi, dans les romans et la série animée Kabukibu !, de jeunes garçons aux corps efféminés sont au centre de l’histoire et, chose encore plus surprenante, une fille joue également un rôle dans la pièce.

Toutefois, les femmes ne sont pas en reste dans ce monde du théâtre puisqu’elles créent le takarazuka, uniquement joué par elles.

A côté de ce grand morceau de la culture japonaise, le joururi est quant à lui bien moins connu. Ce genre théâtral a la particularité d’être interprété par des marionnettes qui bougent sur le rythme du shamisen. Le bunraku, un de ses sous-genres les plus reconnus, est d’ailleurs inscrit au Patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2008 !

 

La période Edo a donc permis aux arts japonais d’évoluer de façon singulière. Les arts de l’estampe ont profondément bouleversé les créations occidentales à partir de la fin de l’embargo en 1853. Cette période historique reste très connue pour ses dirigeants mais surtout pour certains artistes comme Hokusai. Les particularités d’Edo ont marqué et marquent encore aujourd’hui profondément aussi bien le Japon que le reste du monde.

 

En savoir plus :

 

Image à la une : Hokusai Katsushika (1760-1849), La Grande vague de Kanagawa, vers 1830-1832, Metropolitan Museum of Art, New York, source : Wikimedia Commons

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